C'était génial, mais alors génial à un point innommable. Tenez, je vous raconte un peu.
             
2h : réveil difficile, sachant que la plupart d'entre nous nous étions couchés deux heures auparavant. Du coup on a mal dormi, on est crevés, la journée commence bien.
            
4h : montée dans le car. On charge les affaires sous une pluie battante, on gare les voitures dans un parking derrière la mairie de Buxerolles et on se met en place dans le car. Il y a largement la place, on n'est qu'une quarantaine, il y a facilement dix places de libre. Du coup, certains se mettent côte à côte, d'autres s'étalent sur deux sièges. Fin de nuit en perspective.
            
4h10 : départ de Buxerolles. Le chef fait ses annonces et effectue l'appel, tout le monde est là qui devrait être là. Et déjà, certains commencent à s'endormir.
               
5h40 : arrivée dans une station-service pour les trois-quarts d'heure d'arrêt obligatoire. Tout est fermé. Et là, alors que tout le monde croyait dormir paisiblement, un des musiciens réveille tout le monde d'un grand coup de bombarde à 80 décibels. Râleries générales, mais personne ne lui en veut vraiment, c'est un comique de toute façon, toujours prêt à faire son malin.
         
6h30 : arrivée dans une station-service, deuxième essai pour nos fameux trois-quarts d'heure. Deuxième coup de bombarde, moins bien acceuilli cette fois-ci! Tout est ouvert, et les gérants ont l'air contents de voir débarquer quarante mecs qui réclament leur petit déjeuner. Il fait froid dehors, toutes les filles se ruent sur les toilettes, les garçons se jettent sur le comptoir et commandent leurs tartines et leurs croissants.
            
7h15 : on repart. Plus personne n'a envie de dormir. Un jeu de belote-comptoir se lance entre Daniel, Vincent, Paulette et deux ou trois autres, il faut leur apprendre les règles, c'est assez rigolo parce que de là où j'étais, je voyais certaines cartes et je comprenais les stratégies de bluff des uns et des autres. On monte la guitare et la flûte à bec, et on joue quelques morceaux, mais c'est pas pratique, il y a très peu de place et on ne peut pas mettre les partitions. C'est assez vite rangé, finalement, et les discussions reprennent dans tous les sens. Je peux travailler un peu, je m'avance un peu dans mon boulot sur le Laocoon, ce sera déjà ça de pris.
         
9h : arrivée à Languidic, Bretagne, à 20km de Lorient. Petit village sympathique, mais on est attendus pour 11h, alors il n'y a personne pour nous accueillir. Le chef descend, de mauvais poil, et revient avec un Breton en chemise blanche, qui nous indique la salle qui nous servira de vestiaire et la salle où nous jouerons.
      
10h : tout le monde est en train de se changer et de boire le café dans les vestiaires. Une fille du groupe breton avec lequel on fait l'échange (Kerlen er Bleù) nous indique qu'elles en ont pour une heure et demie pour s'habiller, et qu'on doit se servir amplement pour le café et les petits gâteaux. Nous nous servons amplement. Et nous observons le groupe breton en train de s'habiller, c'est effectivement assez folklorique. Surtout les cheveux des filles : tirés en arrière, pas un cheveu qui dépasse, grand coup de laque partout et formation d'un chignon serré à l'arrière, sur lequel sont épinglés pas moins de quatre pans de coiffe amidonnée et en jolie dentelle. De devant, on dirait un peu un chapeau chinois.
             

Kerlen_er_Ble_

             

Kerlen_er_Ble__costume

             

11h : réception à la Mairie de Languidic par une gentille dame qui a bien fait ses devoirs et qui connaît Buxerolles mieux que nous. Elle nous informe de la superficie de notre ville et de quelques légendes, et fait intervenir notre chef et le chef du groupe breton. On rencontre les "sonneurs", trois hommes affublés d'un costume noir, qui jouent de la bombarde et du biniou, ça fait un bruit monstrueux mais c'est superbe. Ils m'avaient fait jouer leur partition juste avant, et m'avaient proposé de jouer avec eux à la mairie, mais la flûte à bec ne fait pas le poids à côté, on n'aurait rien entendu. Tout le monde est en costume, et on danse un andro languidicien avec un pas de danse très simple, ce qui me convient car je n'ai jamais fait de danse traditionnelle avant! Même les musiciens de chez nous ont dansé, fait rare et intéressant. On mange des crêpes et on boit du cidre.
       
13h : repas général offert par le groupe breton. On a le temps de se changer, mais le service est lent et les musiciens doivent faire les balances pendant le repas pour assurer le spectacle de cet après-midi. J'ai de la chance : les jeunes gens à table avec moi me gardent un yaourt et un bout de gâteau, très bon d'ailleurs.

14h30 : défilé dans les rues de Languidic. J'ai pris exprès une flûte qui ne craint rien, et c'était agréable comme tout, il faisait beau et on a pu jouer et danser dans les rues. Des gens nous applaudissaient et un officier de la police nous indiquait la marche à suivre. Parfois on s'arrêtait, les musiciens musiquaient et les danseurs dansaient, puis on repartait tranquillement.

15h : premier passage, on a joué un spectacle nommé "L'école" qui a bien fait rire tout le monde.

16h : premier passage sur scène du groupe breton, on a pu apprécier leurs costumes, leur musique forte et leurs pas de danse. Ils ont des figures intéressantes, mais c'est très cadré, pas un cheveu qui dépasse. On apprend qu'ils sont notés sur leurs prestations, leurs tenues et leur respect des ancêtres, ça rigole pas chez eux.
            
17h : deuxième passage, une heure de danses diverses. Tout le monde a raté au moins un truc, mais le résultat était assez impressionnant et tout le monde a aimé. Une dame est venue nous voir à la fin, et a demandé un "morceau romantique si possible" pour son anniversaire, joué uniquement à la flûte et à la guitare : on lui a joué une valse qui a été ajoutée récemment à notre collection, et elle a dansé avec son mari, gros bisou à la fin, c'était très mignon et ça fait toujours plaisir de pouvoir faire plaisir aux gens comme ça.

18h : deuxième passage du groupe breton. Ils ont rajouté un accordéon et des cuillères, ça fait moins de décibels d'un coup et c'est vraiment agréable à regarder. De plus, il y a de jeunes enfants dans le groupe qui font un petit spectacle très mignon avec le même pas de danse qu'on a fait à la mairie le matin, c'est adorable.
         
19h : on nous offre deux crêpes et une boisson chacun, tout le monde mange et discute.  On a le temps de se changer avant de manger, donc tenue civile et pas de coiffes. Je n'ai pas faim, je choisis de négocier avec un musicien breton et je repars avec la promesse d'un plein classeur de photocopies de musique bretonne à troquer contre un pas de sept et quelques avant-deux. Toujours pas faim, je sors et me balade dehors jusqu'à vers la fin du repas.

 

Moi_j_suis_un_vrai_Sonneur

Alain David, sonneur
                

21h : reprise du car pour repartir à Buxerolles. Au-revoir général, bises, l'acceuil était bon et on promet de se revoir dans un mois et demie, quand ils viendront chez nous pour le trentième anniversaire des Virouneux d'O Bourg.
                     
21h15 : départ, le chef fait ses annonces, et la fille du chef annonce qu'elle se marie avec son chéri en août 2009 et que l'on est tous les bienvenus. Les Virouneux sont fatigués, extinction des feux, ça commence à ronfler doucement. De mon côté, ça discute un peu, j'ai deux musiciens à côté de moi et trois danseurs devant. On écoute de la musique dans les baladeurs des uns et des autres, on discute doucement et je peux me reposer en même temps, c'est agréable.
                     
22h30 : arrivée dans une station-service pour nos trois-quarts d'heure d'arrêt obligatoire. La station est fermée, tout le monde se rue aux toilettes puis retourne dans le car, il fait froid dehors et agréablement chaud dedans.
       
2h : arrivée à Buxerolles, température extérieure basse. Remerciements généraux, au chauffeur, au chef, etc., et on décharge le car dans les voitures qui sont toutes garées au même endroit. On promet de se retrouver pour une répétition mercredi, mais pas lundi, trop tôt, il faut se reposer. Bises pour certains, entrée directe dans la voiture pour d'autres. Je prends ma voiture, j'appelle mon homme pour lui prévenir que je suis arrivée (le réveillant au passage) et je rentre chez nous. Complètement crevée, bonjour aux chats et aux souris, toilette rapide et je m'effondre jusqu'au lendemain matin où le réveil de mon chéri, qui avait oublié de s'éteindre, me lance du Vanessa Paradis dès le matin.

          
Et voilà le récit de l'échange avec la Kerlen er Bleù. Enchantant, magique, magnifique, excitant, leurs musiques sont belles, leurs costumes peints à la main et en beau velours, mais je ne les envie pas, j'aime notre liberté et notre sens du loisir qui n'est pas brimé par l'obligation de respecter les coûtumes.